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Il se peut qu'un jour on vous le propose ou que vous en ressentiez
vous-même le besoin. Nous avons certes appris à parler étant enfant,
mais adultes, savons-nous "dire" ? osons-nous "dire"
? nos idées, nos sentiments, ce qui nous trotte par la tête.
Nous avons bien sûr aussi le désir de nous exprimer mais certains
d'entre nous ne se sentent pas à l'aise et parfois même n'osent
même pas essayer.
Prenons un peu le temps d'abord de nous demander : pourquoi dire
? Pourquoi parler en dehors de la stricte nécessité de la vie quotidienne
? S'exprimer n'est pas seulement satisfaire un besoin, c'est
créer des liens, se construire et prendre sa place dans le concert
de la vie parce que nous avons tous quelque chose à dire que personne
d'autre ne peut dire à notre place. La parole vient de l'intérieur
et faire l'expérience de pouvoir sortir de soi ce qu'on veut dire
et mieux se comprendre parce qu'on se fait comprendre est une aventure
personnelle qui ne peut être qu'enrichissante.
Le droit à la parole s'assimile à la liberté et c'est pour cela
que les dictateurs s'empressent toujours de museler en premier les
moyens de communication. La parole est aussi le propre de l'homme
et même si nos animaux familiers arrivent à nous faire comprendre
leurs besoins élémentaires, ils ne parlent pas. Aussi le droit à
la parole est-il vital et universel. Mais la parole suppose l'écoute,
les deux sont indissociables, et les problèmes de communication
ne se résoudront pas par le perfectionnement des machines : il faut
deux partenaires.
Devant les livres, la radio, la télévision, nous sommes passifs
: pas de dialogue possible pour le spectateur/auditeur malgré la
possibilité d'appels téléphoniques en direct en cours d'émission
; c'est plus alors la rencontre de deux absences, de deux êtres
inaccessibles l'un à l'autre même si cette illusion est tout ce
qui reste parfois pour ne pas étouffer de solitude.
Si vous vous lancez un jour dans cette entreprise : apprendre
à parler aux autres, dites-vous bien aussi que chercher uniquement
des techniques pour manipuler, briller être sûr de soi c'est courir
à l'échec car l'expression n'est pas une chose qu'on fait fonctionner
avec un mode d'emploi comme un appareil ménager. Vous pourrez certes
regarder votre patron en face ou faire un exposé d'une heure devant
un public mais votre désarroi intérieur risque de s'accentuer si
derrière le savoir-faire vous n'envisagez pas le savoir-être. Une
formation à la parole débouche sur une dimension collective et de
nos jours il n'est plus possible de participer à la vie collective
sans parler.
Il y a un temps pour parler et un temps pour se taire et tout
ne peut se dire ou ne doit se dire mais il s'agit d'apprendre à
surmonter un état d'incommunicabilité malgré les bavardages et les
baratins.
Parole, liberté, pouvoir, qu'on le veuille ou non, ont des liens
très étroits. Si je ne dis rien, si je ne peux rien dire, qui connaîtra
mes opinions, mes désirs, mes manques ? On pourra m'imposer n'importe
quelle émission de télé, n'importe quel type de société. Si je ne
parle pas comment transmettrai-je mes expériences, comment participerai-je
aux émotions des autres, comment partagerai-je mes sentiments ?
Je serai l'éternel isolé, celui qui embarrasse et que l'on exclut
peu à peu.
Or chacun de nous a une richesse à transmettre, notre parole
est à la fois le reflet d'une culture et d'une éducation, en ce
sens elle n'est que reproduction docile, mais elle est aussi une
capacité créatrice. Elle est à la fois une rupture car ce que je
dis est unique et en même temps synthèse car elle se nourrit d'un
héritage qu'elle résume en le transformant.
Si vous pouvez suivre un stage de formation à la parole faites-le
: si votre parole prend racine dans votre réflexion personnelle,
votre densité intérieure, vous connaîtrez le plaisir de vous maîtriser
suffisamment pour avoir plus de satisfaction à parler qu'à se taire,
mais vous supporterez aussi avec sérénité les périodes de mutisme
inévitables par suite des circonstances de la vie.
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