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Le
yoga est-il compatible avec la foi chrétienne ? La question
peut paraître saugrenue et je ne me la serais jamais
posée si je n'étais tombé sur un article pathétique
dont l'auteur confesse avoir pratiqué le yoga, mais
s'être repenti de cette pratique diabolique et marcher
à nouveau sur les pas du Christ. Il est légitime de
se demander pourquoi le yoga a cette odeur de soufre
et pas l'acupuncture qui est cependant largement inspirée
par la pensée taoïste et donc orientale. Je n'ai jamais
entendu quelqu'un déclarer : «je ne me fais pas soigner
par l'acupuncture, parce que ce n'est pas chrétien ».
L'idée que se font les occidentaux du yoga découle de
quelques démonstrations spectaculaires d'un yoga dégénéré,
dont ils ont pu être témoins. Beaucoup pensent que derrière
le yoga se cache une religion, ou tout au moins une
philosophie plus ou moins hérétique. Des exercices comme
la « salutation au soleil » les confortent dans l'idée
d'un culte païen.
Je
crois qu'il est utile d'abord de remonter aux origines
du yoga. Le mot yoga en sanskrit peut se traduire par
union. Union de quoi ? Union du corps et de l'esprit,
diront certains. Union de l'homme et de Dieu, diront
d'autres. Le yoga serait donc une religion ? Les Yoga
Sutras de Patanjali ( IVe siècle av. J.C. ) sont considérés
comme l'un des textes fondateurs du yoga et on n'y trouve
pas la moindre référence à une quelconque pratique religieuse.
De fait, il n'y a pas un yoga, mais des yogas, tout
comme il n'y a pas une église du Christ, mais des églises
qui se réclament du Christ. Il est tout aussi aberrant
de comparer les différents courants du yoga que de comparer
par exemple l'église catholique et l'église orthodoxe
qui depuis le XIe siècle n'ont malheureusement plus
grand chose en commun.
Certains
détracteurs du yoga prétendent que son but est de faire
monter la kundalini, énergie vitale symbolisée par un
serpent qu'ils n'hésiteront pas à comparer au serpent
tentateur de la Genèse. Je répondrai que la montée d'énergie
en question n'est qu'un phénomène secondaire et que
ceux qui pensent ainsi accéder à une sorte d'autodéification,
vouent en réalité un culte à leur ego démesuré. Un des
objectifs du yoga est la maîtrise des énergies qui,
laissées à leur libre cours, produisent des manifestations
animales, principalement d'ordre sexuel. L'église catholique
s'est proposée de faire du croyant un être purement
spirituel, au prix du refoulement de ses "bas instincts",
mais l'expérience nous démontre que quand on comprime
d'un côté, ça déborde de l'autre et que le volcan est
toujours prêt à se réveiller. Les histoires de prêtres
pédophiles ou homosexuels nous prouvent toute la difficulté
à s'affranchir des désirs de la chair. Je pense que
dans ce domaine, le yoga apporte une réponse intéressante,
car celui qui a la maîtrise de son corps, a la maîtrise
de sa sexualité et de ses désirs.
Pour
les catholiques, la dimension ascétique a pratiquement
disparu. Pour les orthodoxes, dont je fais partie, le
jeûne et l'abstinence pendant les périodes de carême
sont encore pratiqués avec assiduité. Par contre, l'ascèse
du corps leur est étrangère et il n'y a que dans quelques
monastères orthodoxes que sa pratique perdure. Ce qui
peut paraître surprenant, c'est que la littérature orthodoxe
regorge pourtant de références à la pratique de la prière
du coeur, comme dans Récits d'un pèlerin russe. « Demeure
assis dans le silence et dans la solitude, incline la
tête, ferme les yeux, respire plus doucement, regarde
par l'imagination à l'intérieur de ton coeur, rassemble
ton intelligence, c'est à dire ta pensée, de ta tête
dans ton coeur. Dis sur la respiration: "Seigneur
Jésus Christ, ayez pitié de moi", à voix basse,
ou simplement en esprit. Efforce-toi de chasser toute
pensée, soit patient et répète souvent cet exercice.
»
Quel
rapport avec le yoga ? Le yoga se distingue de toutes
les autres disciplines corporelles par le fait que les
sens se tournent vers l'intérieur. Contrairement aux
sports où la conscience se tourne vers le monde extérieur,
d'où la notion de compétition, de performance en temps
et en distance, le yoga se tourne vers le monde intérieur.
De ce point de vue, la prière du coeur est un yoga dans
tout le sens du terme. En tournant sa conscience vers
l'intérieur, l'ascète permet à la prière de descendre
et de faire de son corps le Temple de Dieu. « Ne savez-vous
pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit
de Dieu habite en vous? » ( Corinthiens 3.16 ).
Je
terminerai par une citation de A. Van Lysebeth, un de
nos plus célèbres yogis en Europe : « Le Hatha-Yoga
peut être pratiqué avec succès par chacun, athée ou
croyant, car il n'est pas une religion et sa pratique
n'exige ni ne présuppose l'adhésion à aucune philosophie
particulière, à aucune église ou croyance quelconque.
On peut le considérer comme une discipline psychosomatique
unique en son genre, d'une efficacité inégalée. ». J'ajouterai
que le yoga est un outil au service de l'homme et sa
pratique sera teintée par notre foi. L'athée n'en explorera
sans doute que l'aspect psychosomatique, mais en retirera
au moins la santé. Le chrétien préparera son corps à
la prière et à être le réceptacle de la grâce de Dieu.
Tourner ses sens vers l'intérieur, c'est également descendre
dans l'enfer de ses passions et permettre à la
grâce de Dieu d'éclairer les parties les plus sombres
de notre être. C'est Saint Antoine tourmenté par les
démons. C'est Saint Georges terrassant le dragon. Ce
genre d'exercice est périlleux et n'est accessible qu'à
ceux qui ont abandonné leur vie entre les mains du Seigneur.
D.W.
Bibliographie
Récits
d'un pèlerin russe ( anonyme )
Entretiens
avec un ermite de la Sainte Montagne sur la prière du
coeur ( Hiérothée Vlachos )
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